Si la semaine dernière j'ai rédigé un billet pour saluer le cinquantenaire
du label Motown, c'est avant tout parce que ce label tient une place à part
dans ma discothèque et mon cœur. D'une part parce que sa réussite constitue une
magnifique et parfois terrible histoire, et bien sûr d'autre part à cause de la
fantastique musique que ce label a produit durant toutes ces années.
Alors comment tout cela a–t–il commencé, entre Motown et moi ? Dans quelles
circonstances s'est faite la rencontre ? Eh bien tout s'est cristallisé il y a
une vingtaine d'années, entre l'automne 1989 et l'été 1990. En fait, pendant
mon adolescence, ma culture musicale s'est peu à peu construite principalement
à l'aide de deux instruments : la radio et la télévision. Oh certes, d'autres
canaux m'ont apporté des connaissances musicales, comme les discussions avec
mes camarades de lycées (et les cassettes échangées entre nous), ou quelques
lectures musicales, mais c'est surtout à partir de la décennie suivante que je
multiplierai les canaux de découvertes, au grand dam de mon budget qui verra la
part consacrée aux achats de disques prendre des proportions
déraisonnables.
Mais pour l'heure, je me contente de ce qui m'est proposé par mes
fournisseurs habituels. En particulier, j'écoute beaucoup la FM le soir. Je
n'ai jamais été très télé, sans doute parce que je n'ai pas pris l'habitude de
la regarder le soir étant enfant, et donc j'ai depuis toujours préféré la
compagnie de la radio le soir. J'ai pendant plusieurs années écouté
principalement la radio NRJ, et puis vers 1988 je commence à m'en lasser, et je
déserte les « Disques à la demande » de Serge Rep (émission diffusée alors en
soirée sur NRJ) pour m'aventurer sur la bande FM parisienne à la recherche de
choses sympas. C'est dans ce contexte que je tombe sur une émission de RFM
diffusée de 21 heures à 22 heures tous les soirs de la semaine.
RFM est alors une radio orientée pop rock tendance rock californien (ils
diffusaient pas mal Toto) et musique se voulant de qualité, plus ou moins à
l'écart des hits commerciaux diffusés par ses consœurs (hits dont NRJ s'est
faite la spécialiste depuis le début de la décennie). Le principe de cette
émission, c'est de prendre une année entre 1960 et 1975, et de diffuser un Top
10 de cette année là. Et alors là, c'est pour moi une révélation : je vais en
l'espace de quelques mois découvrir des pans entiers de la pop classique. C'est
ma première approche sérieuse des répertoires des Beatles, Rolling Stones,
Simon & Garfunkel (et Paul Simon en solo à partir de 1971) et autre Bob
Dylan. Et bien entendu, ma première approche sérieuse du répertoire Motown.
Car parmi les hits qui cartonnaient ces années–là, on trouve bien entendu de
nombreux titres Motown, puisque cette période constitue la période classique du
label, que certains considèrent comme son âge d'or. C'est ainsi que je
découvrais des titres des Supremes (Baby Love, You Can't Hurry
Love, et le fabuleux Stop! In the Name of Love), des Four Tops
(It's the Same Old Song, I Can't Help Myself, et Reach
Out, I'll Be There avec son extraordinaire intro, galop de cheval sur fond
de flûtes), des Temptations (My Girl, Papa Was a Rolling
Stone), Martha & the Vandellas (Dancing in the Street,
(Love Is Like A) Heatwave), et quelques autres (Marvin Gaye, Stevie
Wonder…). Bref, j'entrai dans un univers que les frontières étroites du Top 50
de l'époque m'avaient jusqu'alors caché.
En quelques mois, je suis donc entré de plain pied dans une partie de la
discographie Motown, les hits des 60s et du début des 70s, la partie visible
d'un passionnant iceberg. J'ai d'ailleurs enregistré ce nom, Motown, comme
étant marque de qualité quelques mois plus tard, lors de l'été 1990. La
télévision diffuse de temps à autres une publicité pour une compilation
reprenant les titres les plus connus du label ; je prends alors conscience que
tous ces hits cités plus haut constituent, pris ensemble, un corpus passionnant
et magique. Et que le nom de ce corpus, c'est ce nom magique, Motown.
Je n'ai pas acheté la compilation en question, mais je me suis bien
rattrappé les années suivantes entre compilations, boxsets et albums variés.
Jusqu'à arriver ici ce soir à raconter l'histoire de cette rencontre.