Les nominations aux Oscars sont tombées aujourd'hui, en vue de la cérémonie du 22 février prochain. J'aurai l'occasion de reparler de ces nominations, peut–être ce week–end si mon emploi du temps m'en laisse le temps. Toutefois, je tiens d'ores et déjà à saluer le retour du candidat français dans la catégorie Best Foreign Language Film, ou Meilleur Film en langue étrangère en bon français.

Entre les murs, le film de Laurent Cantet déjà primé en mai dernier à Cannes, fait donc partie des cinq nominés de cette catégorie un peu particulière, qui voit le cinéma états–unien faire une petite place aux autres cinématographies du monde lors de sa grande fête annuelle. Autant vous le dire tout de suite, Entre les murs est un film pour lequel j'ai beaucoup d'affection, et c'est mon film français préféré pour l'année 2008. De plus, cette nomination arrive après deux années de disette, puisque les candidats français ont loupé la nomination ces deux dernières années (Persepolis de Marjane Satrapi en 2007 et Fauteuils d'orchestre de Danièle Thompson en 2006). Il faut remonter au Joyeux Noël de Christian Caron en 2005 pour trouver un film français nominé dans cette catégorie.

Cette nomination me met donc en joie, toutefois ce n'est surtout pas gagné pour l'Oscar, puisque dans cette catégorie figure un concurrent de choix, l'israëlien Valse avec Bachir, qui pourrait prendre ainsi sa revanche de Cannes (présenté au début du festival, Valse avec Bachir fit grande impression, et on en parla pendant tout le festival comme d'un candidat sérieux pour la Palme d'Or, qui fut raflée à la surprise générale par un film français présenté le dernier jour, Entre les murs, tandis que Valse avec Bachir repartait du festival bredouille. Je confirme par ailleurs que Valse avec Bachir est un des chocs cinématographiques de 2008, sa réputation n'est en rien usurpée). Sans oublier trois outsiders qui pourraient rafler la statuette dorée. Réponse donc lors de la cérémonie, mais quoi qu'il en soit ce sera très sympa de voir Laurent Cantet dans la salle à cette occasion.

Vous avez noté que j'ai parlé plus haut de cette catégorie des Oscars comme étant celles des “autres cinématographies du monde” ; ce n'est pas tout à fait vrai. En effet, des films britanniques, australiens, néo–zélandais, irlandais ou autres concourrent régulièrement dans la catégorie principale des Oscars, Best Motion Picture of the Year (Meilleur Film de l'année). Comment se fait–il ? Pourquoi ne sommes nous pas traités à la même enseigne que nos voisins de la perfide Albion ? Eh bien c'est tout simplement une affaire de langue. Si le film est en anglais, il fait de facto partie du sérail. Déjà, il bénéficiera d'une bien meilleure diffusion qu'un film sous–titré, et traitera donc d'égal à égal avec les productions du cru.

Il est à noter que les Césars français procèdent autrement ; pour concourrir dans les catégories principales, il suffit que le film ait été produit avec des capitaux français – et Dieu sait que les producteurs français aident chaque année pas mal de films étrangers à se monter – indépendamment de la langue. C'est ainsi que Le Pianiste, de Roman Polanski, a remporté le César du Meilleur Film en 2003 – et son acteur principal Adrian Brody celui du Meilleur Acteur la même année – alors qu'on n'y entend pas un mot de français.

Les deux approches sont défendables, donc je me défendrais bien de trancher entre les deux. Quoi qu'il en soit, je me réjouis de voir Entre les murs encore en compétition, en espérant secrétement…