Qu'est–ce qui m'a pris, de taper son nom ? Je l'ai fait tant de fois en vain, pourquoi cette fois–ci ai–je eu un résultat ? Ça fait combien de temps, maintenant ? 15 ans, à la fois si peu et une éternité.

Je ne pensais pas que ça m'aurait fait ça. Un coup au cœur, un énorme frisson, comme un grand vertige, et la perte momentanée de mes repères. Sentiment violent, confus, que je suis incapable de qualifier. Je devrais être heureux de l'avoir retrouvée, mais les éléments qui accompagnent cette découverte constituent pour moi un puit de désespoir ; finalement, ça s'est passé comme je le redoutais. Tant mieux pour elle. Tant pis pour moi.

Je ne pensais pas que ce moment arriverait un jour ; je pensais rester à jamais dans le confort douillet de l'ignorance. Et maintenant ? Et maintenant rien. Je ne vois pas comment ni pourquoi aller plus loin. Ce que j'ai appris aujourd'hui me suffit ; c'était même trop. Ce qui me pose problème, c'est qu'elle peut me retrouver de la même manière que moi je l'ai retrouvée. Et que faire si cela arrive ? Est–ce que ça arrivera, d'abord ? J'en doute. Est–ce que j'existe encore pour elle ? Est–ce que durant tout ce temps il lui est arrivé de se souvenir de moi ? Je ne le pense pas.

Nietzsche a écrit « Tout ce qui ne me tue pas me rend plus fort. ». Il n'empêche que cette fois–là, j'avais bien failli y passer. Et si j'en crois la fulgurance qui m'a traversé aujourd'hui, la blessure que je croyais éteinte est encore vive. Elle ne guérira sans doute jamais.

De toute façon, pourquoi avoir des regrets ? Elle ne m'aimait pas. Elle ne m'aurait jamais aimé. Elle n'aurait jamais pu m'aimer.